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Mon premier maratrail, l'UT4M Chartreuse

Publié le par Anthony Gamba

Mon premier maratrail, l'UT4M Chartreuse

10 jours se sont déjà écoulés depuis l'UT4M 40 Chartreuse, mais mon esprit est resté bloqué dans ce merveilleux massif isérois. Je n’arrête pas d'y penser, cette course m'a profondément marqué et ça mérite bien un petit récit, presqu’à chaud.

Je me suis inscrit début janvier pour ce trail et je n’ai cessé de m’y préparais durant ces 6 derniers mois. Et oui, pour moi c'était la première fois que j’allais parcourir la distance d'un marathon mais en montagne avec pas moins de 2 500 m de dénivelé positif. Certains ultra-traileurs souriront forcément au vu de la distance, mais lorsqu’on n’est pas encore aguerri aux distances longues et très longues, cela n’est pas une chose évidente.

Cet été je suis donc parti 3 semaines en Savoie, histoire de manger du dénivelé, d’améliorer ma technique en descente et de m’habituer à des efforts de plus de 4h en montagne. Vous vous doutez bien que pour parcourir une telle distance avec autant de dénivelé, ça va être très compliqué de tenir 5 min au kilomètre. C’est d'ailleurs ça que j'aime dans les trails en montagne, pas de repères, pas de références, c’est beaucoup plus ludique, contrairement aux courses sur route.

Le vendredi 21 août, nous débarquons donc avec ma moitié à Grenoble pour récupérer le dossard et prendre les infos nécessaires pour la course. Retrait de dossard, ok, direction l’hôtel où je prépare mon sac, ma tenue et les ravitos pour ma petite femme qui sera présente sur 2 d'entre eux durant la course (ça c’est vraiment un plus pour garder le moral). J’ai toujours le pied gauche gonflé. Normal la veille au bord d’un lac de montagne je suis allé satisfaire un besoin naturel en plein milieu des hautes herbes et bim, 2 piqures de je ne sais pas quoi sur le pied (forcément j’étais en tongue et forcément le pied a gonflé). Je n’ai pas mal et c’est bien là l’essentiel.

Dilemme de la soirée, bâtons, pas bâtons (il faut toujours que je psychote sur quelque chose) ? On verra demain matin pour prendre la décision.

Le soir, direction la gare pour aller récupérer Bernard, que j'ai entraîné dans cette aventure. Malgré un gros retard de la SNCF (ça change), tout le monde est là, direction le retrait des dossards (merci à l'organisation de nous avoir accepté bien après l'heure autorisée) et pour finir une bonne plâtrée de pâtes dans une pizzeria (pas si grosse que ça finalement) sur les quais de Grenoble, une petite tarte aux pommes en guise de dessert et direction l'hôtel pour essayer de bien se reposer et être le plus frais possible le lendemain.

5h : le réveil sonne et je me lève directe (j'étais déjà réveillé depuis 3h du mat), je file me préparer et direction le petit déjeuner à 5h30.

7h : nous partons avec ma chérie (merci de t’être levée si tôt ma marmotte pour m’accompagner) et Bernard au parc Paul Mistral, où nous allons prendre une navette qui nous emmène au départ de la course à St Nazaire les Eymes au pied du massif de la Chartreuse.

8h30 : nous sommes dans les startingblocks, un petit échauffement, une dernière vérification du matériel et je me dirige vers le sas de départ. J’aperçois un certain Aurélien COLLET (3ème de la Diagonale des Fous en 2014) et souhaite une bonne course à Bernard. Chacun part à son rythme et on se retrouvera sur Grenoble. Pour ceux qui ont suivi, j’ai finalement gardé mes bâtons.

9h : c’est parti ! Ça part plutôt tranquillement je trouve, j'en profite pour remonter sur la droite et me retrouve très vite dans les 15 premiers. Bizarre, d'habitude ça part beaucoup plus vite, j'en profite, je suis bien. J’aperçois 3 coureurs 10 mètres devant, dont Aurélien COLLET. Je reste sur mon rythme.

Après environ 1 km sur la route, nous attaquons directement dans un sentier où 8 km et 1 150 m de dénivelé positif nous permettrons d’atteindre le Col de la Faita. Je suis hyper bien, je m’accroche à un gars juste devant moi, il a un très bon rythme et il essaye à plusieurs reprises de me décrocher, mais je tiens bon. Je bois régulièrement et avale 2, 3 morceaux de barres de céréales. Je pousse bien sur les bâtons sur certaines portions (bien content de les avoir gardés) et dès que je peux je trottine. Après 800 m de dénivelé positif, je dépasse mon compagnon d’ascension et j’accélère car je suis en grande forme.

Je continue mon ascension solitaire jusqu’au 1er ravitaillement qui se situe au 12ème kilomètre. Un bénévole scan mon dossard et il me dit que je suis 10ème. Je prends le temps de m’arrêter pour boire et manger, pas le coureur qui arrive derrière moi. Je repars donc 11ème. Au fond de moi je me doute bien que je suis parti trop vite et que je vais le payer un moment donné. Mais tant pis, j’ai les jambes qui répondent bien et je repars du ravitaillement sur un bon rythme. Il me reste encore 8 km et 900 m de dénivelé positif et après ça sera une longue descente avec 1 000 m de dénivelé négatif jusqu’au ravitaillement du Sappey en Chartreuse au 24ème km.

Durant l’ascension, un coureur local revient derrière moi et on fera l’ascension ensemble, ce qui me permettra de tailler le bout de gras et de passer un bon moment. Dans la montée nous croisons Aurélien COLLET qui descend à pleine vitesse et nous glisse un encouragement.

16ème km : ça y est je suis à Chamechaude, point culminant de la course (déjà plus de 2 000 m de dénivelé positif dans les pâtes). J’en prends plein les yeux, c’est juste grandiose ! Allez maintenant place à la descente au milieu des pierres, ça va être chaud !

La descente est technique, mais ça se passe bien et en redescendant je croise les coureurs qui montent et il faut faire attention de ne pas les percuter, surtout quand on en maîtrise pas super bien la descente (je sais de quoi je parle). Mon compagnon de fortune est toujours avec moi et je le laisse passer devant car je sens qu’il piétine derrière. La descente se passe relativement bien finalement.

20ème km : en pleine descente je sens les mollets qui se contractent et en posant le pied au sol, j’ai la jambe complétement engourdie et je me vautre par terre. Je fais un roulé boulé et me relève. J’ai les jambes tétanisées. Je suis dégouté, tout se passé tellement bien. A ce moment-là de la course je pense que je vais complétement dégringoler au classement et que je vais souffrir le reste de la course. Je devais bien payer mon départ trop rapide à un moment donné.

Oh, mais reprends toi mec ! T’as pas le droit de faiblir, il y a ta chérie et tes amis qui t’attendent au ravitaillement du 24ème km et tous tes copains/copines et famille qui te suivent sur Facebook ! Je repars, les mollets et les cuisses en mode crampes, mais je n’y pense pas. Je bois et mange une pâte de fruit pour essayer de faire passer les douleurs.

24ème km : Yes ! J’arrive au Sappey en Chartreuse, un petit scan du dossard, je suis 12ème et je vois directe Tiffany qui m’attend. Elle me donne 2 flasks (petits bidons souples) et des barres de céréales. Je bois 2 ou 3 verres d’eau et les bénévoles sont au petit soin (les gens ont été formidables tout le long du parcours). J’aperçois Philippe et son fiston qui sont venus m’encourager (ça fait chaud au cœur). Tiffany est à fond, elle gère comme une pro et essaye de me remonter le moral. Allez un bisou et je repars direction le Fort du St Eynard.

C’est parti pour 4 km et un dernier gros coup de cul de 550 m de dénivelé positif. Ça va piquer comme on dit ! La montée fait très mal aux jambes, surtout que les crampes ne semblent pas décidées à me quitter. Un coureur me colle aux fesses, on discute et on essaye de se remonter le moral car lui aussi il est explosé. Et allez, on se fait littéralement déposé dans la montée par la 1ère féminine qui a dû bien mieux gérer sa course (un vrai petit cabri, impressionnant) ! Je n’arrive plus du tout à manger, je bois régulièrement quand même pour limiter les dégâts. Dans le dernier kilomètre de montée, mon copain traileur me dépasse et je n’arrive pas à le suivre. Tant pis, on va s’accrocher comme on peut et ça va passer. A ce moment-là de la course, je suis 14ème.

28ème km : j’arrive enfin au fort du St Eynard. J’ai cru que je n’y arriverai pas. Les crampes s’en vont et reviennent, c’est bizarre. Il y a une bénévole qui me dit qu’il reste seulement 14 km (ça dépend de quel point de vue on se place). J’attaque la descente complétement tétaniser, mais je sais que c’est pour la bonne cause, dans 3 km j’arrive au Col de Vence, le dernier ravitaillement où m’attend ma puce. Dans la descente je perds encore une place et je n’arrive toujours pas à manger.

J’arrive au ravitaillement du Col de Vence le moral dans les chaussettes. Je dis à Tiffany que j’ai envie d’arrêter. Elle m’engueule et me dit que j’ai fait le plus dur et que ce n’est pas le moment de flancher ! Je bois un dernier verre d’eau, récupère une flask avec uniquement de l’eau (le sucré ne passe vraiment plus), je lui donne mes bâtons, un bisou et ça repart.

Après tout, le plus dur est fait ! Il reste encore un petit 100 m de dénivelé positif à gravir et après c’est tout schuss sur Grenoble. Je ne vous cache pas que ces 100 m de dénivelé positif font mal, mais j’arrive à courir et me payer le luxe d’accélérer (le corps arrive toujours à piocher des ressources même dans les moments difficiles).

J’arrive en haut de la dernière bosse et c’est parti pour une descente roulante sur Grenoble. La chaleur devient très lourde plus je descends, j’ai l’impression d’avoir du bois à la place des jambes. Je me fais griller encore une place (et zut).

Je rentre dans Grenoble et suis la ligne jaune au sol qui emmène vers l’arrivée au Parc Paul Mistral. Quelques escaliers à gravir et ça y est je vois enfin cette fameuse ligne que tout traileur veut franchir. J’accélère et la franchis en 5 h 33 !

Tout le stress et l’émotion me submerge ! J’embrasse ma petite femme et profite de l’ambiance. Je finis 16ème au scratch et 11ème dans ma catégorie. Je suis aux anges, j’ai même du mal à réaliser ! Mon premier 42 km en montagne avec beaucoup de dénivelé et j’arrive à sortir un bon classement ! Magique, extra, top, génial, etc……..

Je profite un max de ce moment avec mon amour et pense à tous les gens qui m’ont suivi, ma famille, mes amis et Bernard qui est encore sur le parcours. Je pense aussi à tous les coureurs du 90 km et du 160 km et me dis que ce sont des extraterrestres ! Dire qu’il y a à peine 3 ans je débutais dans ce sport grâce à mon petit cœur. Lors de mon premier trail (16 mars 2013) je terminais dans les derniers, complétement écœuré et aujourd’hui j’arrive à accrocher de bonnes places.

Une chose est sûr, je sais c’est très idéaliste et simpliste, mais quand on se donne les moyens on peut arriver à se dépasser et réaliser de très belles choses.

Bon, maintenant, il est l’heure de se reposer, des soigner une vilaine petite blessure à l’arrière du talon pour pouvoir repartir de plus belle. L’année prochaine je vais pouvoir encore augmenter les distances et je l’espère participer à l’UT4M 90 en août 2016. Bon par contre, il va falloir que je progresse encore dans la gestion de course (ça ne le fait pas du tout de partir comme un pet sur une toile cirée et de finir en mode déglingué). Je ne lâche rien et continue mon petit bonhomme de chemin.

Merci à toi mon amour pour ton soutien sans faille durant toute la course. Merci de m’avoir incité à faire de la course à pieds et surtout du trail. Tu es merveilleuse !

Merci Fifi et Fifi junior d’être venu des 2 Alpes pour m’encourager. Bernard, j’espère que tu ne m’en veux pas de t’avoir embarqué dans cette course ! Merci Papa et Maman de me suivre du fin fond de la Drôme. Merci sœurette pour ton soutien ! Merci Caco et Jeannot, vous êtes au top ! Merci à ma famille ! Merci mes amis et amies de m’avoir suivi, notamment sur Facebook (Cyril, Matthieu, Hervé, Bruno, Loïc, Audrey, etc…), ça m’a trop fait plaisir (j’ai senti les ondes positives pendant la course) !

Merci à tous ceux que j’ai dû oublier !

Un énorme MERCI aux organisateurs et bénévoles de l’UT4M, c’était juste au top de chez top ! L’UT4M ça déchire grave !

Allez, il est temps de penser à la saison prochaine et de se lancer de nouveaux défis.

A très vite sur les sentiers….

Le traileur fou.

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Un Kiwi au soleil 06/09/2015 15:04

Félicitations pour l'effort ! A travers ces lignes, tu nous emmène un peu dans la course avec toi.
Ça ne devez pas être de la tarte. Bon repos et bonne préparation pour la suite.
La bise

Anthony Gamba 06/09/2015 15:20

Merci le kiwi cramé !

Caco 04/09/2015 16:44

Coucou "THE CHAMPION"

Bravo pour ton déroulé de course, une fois de plus, on a toujours l'impression de courir avec toi............................. si seulement c'était vrai (pour moi) car j'aimerai bien avoir l'âge de faire ce genre de "balade" dans des endoits magiques.

Tu as toute l'admiration de Monique et surtout Robert(nos amis) car Robert (77 ans) pédale environ 250 à 280 kms par semaine toute l'année (hiver compris) et en montagne moyenne puisqu'il habite dans le Forez.

Encore BRAVI BRAVO tu es un grand champion et nous sommes fiers de toi.

Grosses bises

Anthony Gamba 04/09/2015 20:16

Merci énormément! Ça me touche tellement ! Des bisous!

Super Mario 04/09/2015 14:44

Salut Champion,
Encore bravo pour cette course magnifique sur un site magique et technique.
Merci pour ce super récit.
Allez le dossard 3066 (bravo l'extraterrestre).
Nous sommes fiers de notre TITI !...
Gros bisous

Anthony Gamba 04/09/2015 14:55

Merci mille fois ! Vivement la prochaine course! Gros bisous!

La ravitailleuse 02/09/2015 08:55

Quel recit et surtout quelle course!!! J'ai vécu cette aventure de l'intérieur et c'était hyper stressant mais magique. Que de belles émotions partagées, de sourires échangés, c'était merveilleux d'être à tes côtés pendant ce trail. Bravo pour ta course, ta ténacité, ta force physique et mentale de te battre dans les moments moins faciles. Merci pour ce super récit, ça permet de revivre les choses et de verser (encore) une tite larme!!!! Je t'aime champion

Anthony Gamba 02/09/2015 11:03

Merciiiiiii mon chat pour ton commentaire ! Heureusement que tu étais là sinon je ne sais pas si je serai allé au bout! Merci de ton soutien et de m'avoir amener à la course à pied ! Avant pour moi c'était soulever toujours plus de fonte sans trop vraiment de but finalement. Maintenant grâce au trail j'ai trouvé quelque chose qui me plaît plus que tout ! Je t'aime mon coeur! J'espère que ce n'est que le début d'une longue aventure !